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Labo sciences historiques

Gary ALARDIN

Doctorant

Adresse e-mail : gary.-fcomte.fr


Université : Bourgogne-Franche-Comté
Ecole doctorale : SEPT
Directeur de thèse : Hugues Daussy


Sujet : Les armées de mercenaires étrangers dans les guerres de Religion françaises (ca. 1550-ca. 1600).

L’historiographie des guerres de Religion (1562-1598) n’a cessé d’en confirmer la dimension européenne en s’intéressant au positionnement des souverains étrangers face à la rébellion huguenote. Cependant, un vide demeure au delà des traités d’alliance. Leur aboutissement concret,  à savoir la mise en place d’un appui militaire étranger reste méconnu. Depuis le début des guerres d’Italie (1494 1559), la monarchie française n’a cessé de recourir aux mercenaires suisses, allemands et italiens pour mener ses guerres. Afin d’accéder aux précieux « gens de guerre », la diplomatie de François Ier initie des rapprochements avec les gouvernements dont dépendent ces régiments, notamment les princes allemands en lutte contre l’empereur et les cantons helvétiques par la paix perpétuelle de 1516. Plus tardivement, Henri II s’attache également les services des contingents piémontais, renforcés par les ressources du duc de Florence Cosme Ier  de Médicis. Pour entretenir et développer ces contacts, les souverains français multiplient les pensions et gratifications à destination des capitaines étrangers. En quelques décennies, la couronne s’est patiemment construit un réseau européen de clientèle militaire capable de mobiliser plusieurs milliers d’hommes en quelques semaines. Mis en dormance après la paix de Cateau-Cambrésis (1559) par une monarchie épuisée financièrement, ces réseaux sont réactivés avec le début des guerres civiles en 1562. Toutefois, la configuration politique particulière du conflit entre des sujets du roi de France provoque une situation inédite. La concurrence diplomatique huguenote recompose en profondeur la structure des réseaux militaires et financiers à l’étranger. Construisant leur propre réseau de contacts, les rebelles parviennent aussi à mobiliser des contingents de mercenaires de plus en plus nombreux malgré des ressources limitées et une pression monarchique constante. En dépit d’une remarquable richesse documentaire, ce domaine de recherche reste un parent pauvre de la recherche et laisse en suspens de nombreuses questions :

Comment s’organisent les réseaux de recrutement de mercenaires engagés en France ?
Cette question s’inscrit dans un cadre géographique européen et porte sur les zones identifiées comme des espaces traditionnels de recrutement impliqués dans les guerre civiles. Ce sont essentiellement les espaces germaniques, helvétiques, italiens et plus secondairement les Pays-Bas espagnols qui  fournissent continuellement des troupes à la monarchie et aux huguenots sur l’ensemble de la période. Pour l’heure, nous ne savons pas comment les agents huguenots et monarchiques prennent pied dans ces réseaux militaires ni l’identité de leurs intermédiaires.

Quels sont les principaux points de négociation entre les français et les mercenaires étrangers ?
Obtenir un soutien militaire de l’étranger suppose des négociations permanentes. En la matière, la « question financière » est essentielle étant donnée la nature des troupes recrutées. Cet enjeu prolonge celui des réseaux de recrutement car la sphère militaire est étroitement liée à ses créanciers qui disposent de liquidités essentielles. Il s’agit d’éclairer un pan de l’histoire financière des guerres civiles en étudiant la manière dont les acteurs mobilisent leurs ressources et organisent le paiement des mercenaires.
 

Comment s’organisent les relations entre les armées étrangères et leurs alliés huguenots ou catholiques ?
Sur le plan stratégique et politique, la progression des contingents étrangers à travers la France suppose des préparatifs. Côté protestant, l’intensification des actions sur le terrain suggère une corrélation directe entre la progression des armées de secours et l’action des forces huguenotes locales. C’est donc sur le terrain des renseignements et des actions stratégiques qu’il faut enquêter afin d’identifier les acteurs de cette coordination  entre l’armée de secours et les contingents locaux.

Comment les acteurs justifient-ils leur implication dans les guerres civiles ?
Le recrutement de mercenaires étrangers s’accompagne d’une intense production polémique et littéraire pour le justifier. Cette dimension dépasse même la seule période des guerres civiles pour apparaître sous la plume des mémorialistes du conflit. Toutefois, le  « traitement » littéraire et polémique de ces épisodes militaires reste ignoré de toute recherche. Par prolongement, il est possible de retracer la formation des représentations du « mercenaire » et la place qu’ils occupent dans les imaginaires.